Dossier
avril 2016
Double circuit en Champagne-Ardenne pour accompagner le développement régional
Reconstruction de la Ligne Lonny-Seuil-Vesle

1Une nouvelle ligne très attendue

Une nouvelle ligne très attendue

3 questions à Jean-Michel Ehlinger, Directeur d’aménagement du projet

On s’active en Champagne-Ardenne… Les derniers pylônes de reconstruction de la ligne à très haute tension entre Charleville-Mézières et Reims sont en cours d’installation. Mise en service prévue: fin de l’été 2016. Cette liaison à 400 000 Volts de près de 80 km remplacera celle en place depuis les années 1970, avec une capacité multipliée par 3.

Pourquoi reconstruire la ligne existante entre les villes de Lonny et Vesle?

Le réseau de transport d’électricité en Champagne Ardenne est structuré autour du seul axe nord sud reliant Charleville-Mézières à Troyes, via Reims, et il est particulièrement sollicité. La ligne existante était devenue insuffisante et risquait, à terme, d’être saturée. De plus, cet axe n’était plus suffisant pour accueillir la production d’électricité d’origine éolienne, très importante dans la région. Avec la nouvelle infrastructure, nous allons passer d’une capacité maximale de transit de 1 500 MW à deux fois 2 300 MW! Une progression indispensable pour lever les points de fragilité et accompagner la transition énergétique.

 

 

 

 

 

 

La nouvelle liaison intégrera deux circuits électriques, contre un seul auparavant, sur une seule et même file de pylônes. Nous pourrons donc au besoin placer un des deux circuits hors tension – pour réaliser des opérations de maintenance par exemple – tout en assurant la continuité d’alimentation électrique indispensable à la croissance économique des territoires.

Afin d’éviter les secteurs qui se sont urbanisés depuis les années 1970, ainsi que plusieurs espaces naturels particulièrement riches, nous avons adapté le tracé de la ligne.

À quelles nouvelles orientations le redimensionnement de la nouvelle ligne doit-elle pouvoir répondre?

J’en vois principalement deux. Tout d’abord, le développement de la production d’électricité d’origine éolienne en région Grand Est, qui est aujourd’hui la 1re région française pour son parc installé, l’aire de Champagne-Ardenne y contribuant largement.

 

 

Il faut pouvoir acheminer ces nouveaux flux d’électricité éolienne là où ils seront nécessaires, sur le reste du territoire ou vers les autres pays européens. Cela nécessite d’augmenter localement des capacités de transit sur le réseau de transport d’électricité. D’autant que cette ligne transporte une partie de la production de la filière nucléaire et hydraulique de la région.

Dans le même temps, on a aussi assisté à un développement économique significatif, notamment à Reims avec l’arrivée du TGV. Ou encore, entre Reims et la ville de Rethel, au nord-est, avec les activités de production et de transformation du sucre. Notons d’ailleurs la présence d’un pôle de compétitivité à vocation mondiale: Industrie et Agro-Ressources (IAR), dédié aux valorisations non-alimentaires des produits végétaux. Concrètement, il réunit des acteurs de la recherche, de l’enseignement et de l’industrie qui développent ensemble des projets innovants. La nouvelle ligne électrique est dimensionnée pour accompagner ce dynamisme économique et continuer à attirer de nouvelles entreprises.

 

Comment le chantier de la nouvelle ligne a-t-il bénéficié aux entreprises et aux territoires locaux?

Très tôt, nous avons organisé une rencontre entre 80 entreprises régionales et les trois grands groupes retenus spécialisés dans la construction de lignes électriques intervenant sur le projet. Avec à la clé de nombreux contrats locaux pour des secteurs d’activité variés.

Pour les PME locales, je pense par exemple à l’entreprise de 35 personnes de Denis et Didier Girard, située à Pontfaverger dans la Marne, qui a réalisé des chemins d’accès à la ligne depuis la route et des plates-formes d’assemblage des pylônes.

Les commerces locaux ont aussi tiré parti du chantier et de la présence d’environ 250 opérateurs, pendant plusieurs mois. C’est notamment le cas de l’hôtel-restaurant le Val de Vence à Launois-sur-Vence (Ardennes), situé en face de la base chantier du projet, qui a pu embaucher deux personnes.

Au total, nous estimons aujourd’hui les retombées pour l’économie locale à 20 M€, sur un investissement total de 110 M€. Et le chantier se poursuivra encore jusqu’en 2017 avec le démontage de l’ancienne ligne.

 

 

 

RTE a aussi mis en place un Plan d’Accompagnement de Projet, permettant de soutenir des actions impulsées par les collectivités locales. 85 initiatives ont ainsi pu être co-financées, pour un montant total de 8 M€, comme la construction d’une piscine à Vouziers ou d’une aire de jeux à Hauviné (toutes deux dans les Ardennes).

 

2L’éolien a le vent en poupe en Champagne-Ardenne

 

L’éolien a le vent en poupe en Champagne-Ardenne

La Champagne-Ardenne est le territoire français où le développement des énergies renouvelables progresse le plus (+10,7% avec 2 986 GWh en 2015), notamment grâce à l’éolien en progression de 12,8%. Avec une puissance éolienne installée de plus de 1 500 MW, il se place au premier rang français. Pour acheminer cette énergie vers les zones de consommation, le réseau de transport d’électricité évolue et s’adapte.

C’est donc toute l’architecture locale du réseau qui a été repensée et consolidée pour accompagner l’essor des énergies éoliennes. Les terres agricoles et dégagées de la plaine champenoise, à la limite des départements de l’Aube et de la Marne, au nord de Troyes, accueillent une importante aire de production éolienne développée à l’origine pour couvrir les besoins locaux. «Lors de sa conception, le réseau électrique devait répondre localement aux besoins de consommation d’une zone rurale à l’habitat peu dense. Aujourd’hui, cette zone est devenue productrice, le réseau doit donc être capable d’accueillir cette production éolienne et de l’acheminer vers d’autres territoires si elle est supérieure aux besoins locaux», explique Emmanuel Chrétien, directeur de projets à RTE.

Ainsi, en un peu plus de deux ans, deux nouveaux postes source 90 000 volts/20 000 volts ont été mis en service et deux autres ont été renforcés par l’ajout de transformateurs afin de pouvoir accueillir le surcroît de production électrique.

 

 

 

 

 

 

 

 

Ces quatre postes, situés sur les communes d’Arcis-sur-Aube, de Villette-sur-Aube et de Méry-sur-Seine, transportent l’énergie éolienne vers le poste de transformation 400 000 volts/90 000 volts de Méry-sur-Seine. De ce carrefour majeur du réseau, l’électricité est acheminée vers les grandes zones de consommation. Onze circuits à 400 000 volts la transportent pour alimenter notamment les agglomérations parisienne, troyenne, rémoise et nancéenne.

 

 

 

 

 

Pour augmenter la capacité du poste de Méry-sur-Seine, RTE a installé un troisième transformateur 400 000 volts/90 000 volts sur le site. D’une capacité de 240 MW, soit l’équivalent de la consommation d’environ 240 000 foyers, cet équipement de 163 tonnes et 9 mètres de long est dédié exclusivement au transit de la production éolienne.

Il s’ajoute aux deux transformateurs déjà en service utilisés pour alimenter le réseau local 90 000 volts. Ces équipements sont indispensables pour accompagner les ambitions régionales en matière de développement des énergies renouvelables qui sont déclinées dans le Schéma régional climat air énergie (SRCAE).

RTE planifie l’intégration des EnR avec les régions et les gestionnaires de réseau de distribution en élaborant les Schémas régionaux de raccordement des énergies renouvelables (S3REnR). La forte dynamique de l’éolien dans la région a amené le préfet de Champagne-Ardenne à approuver, fin 2015, la révision du schéma S3REnR. Les objectifs de raccordement des EnR à horizon de 2025 sont ainsi passés de 3 120 MW à 4 350 MW. L’ancienne région Champagne-Ardenne est la première en France à avoir revu son schéma !

 

3Héliportage, un dispositif spectaculaire

Héliporter pour diminuer l’impact environnemental

RTE a choisi de recourir à des hélicoptères plutôt qu’à des grues pour installer 80 pylônes, sur les 182 que comptera la ligne Lonny-Seuil-Vesle, une méthode qui permet de diminuer l’impact environnemental en limitant le transport de matériels par voie terrestre. Pour cela, un pylône de nouvelle génération, adapté à l’héliportage, a été conçu et réalisé par RTE.

Le principe: chaque pylône est composé de 12 tronçons, chacun pesant moins de 4 tonnes. Il «suffit» ensuite d’assembler les différents éléments, et le tour est joué. Découvrez les étapes successives de ce jeu de construction géant.

 

1re étape: Assembler chaque tronçon sur une plate-forme dédiée

RTE a commencé par installer une dizaine de plates-formes d’assemblage le long de la nouvelle ligne Lonny-Seuil-Vesle. Concrètement, il s’agit de vastes terrains découverts et plans, avec suffisamment d’espace pour construire chacun des 12 tronçons des pylônes et pour permettre le survol de l’hélicoptère.

Ci-dessus, un élément de pylône attendant de s’envoler vers sa destination finale.

 

2e étape: le « Super Puma » entre en scène

Une fois chaque tronçon du futur pylône assemblé, l’hélicoptère Super Puma – EC225 pour les connaisseurs – arrive sur les lieux. Il s’agit d’un appareil de pointe, réputé pour son haut niveau de fiabilité et son excellente capacité de transport.

Il est mis à disposition par AIRTELIS, filiale de RTE spécialisée dans les travaux héliportés. Les deux Super Puma d’AIRTELIS sont les plus gros hélicoptères civils en France.

 

3e étape: l’arrimage du tronçon de pylône et son convoyage

L’opération exige naturellement une grande expertise, tant de la part du pilote de l’hélicoptère, très expérimenté, que des équipes au sol. Une méthodologie précise est rigoureusement suivie pour assurer une sécurité optimale. Le recours à l’héliportage permet de gagner du temps, l’hélicoptère accédant au chantier plus rapidement que des engins au sol tout en limitant l’emprise sur les terres agricoles.

Autre avantage: il n’est plus nécessaire de construire des pistes d’accès spécifiques, adaptées aux grues et autres appareils de levage. Un plus pour l’environnement.

 

Dernière étape: la construction du pylône sur site

Une opération là aussi délicate, puisqu’il s’agit de déposer successivement chacun des 12 tronçons les uns sur les autres, pour construire peu à peu le pylône sur son emplacement définitif. Il faut environ deux jours et demi pour assembler un pylône, soit 200 jours de travail pour installer les 80 pylônes concernés pour la nouvelle ligne Lonny-Seuil-Vesle.

À souligner: un dispositif d’alerte par SMS a été mis en place sur ce projet, afin de prévenir les riverains – notamment les éleveurs – de la réalisation de travaux héliportés.

 

1
2
3
4
5

4Rencontre entre territoire et projet : la concertation

Rencontre entre territoire et projet : la concertation

La déclaration d’utilité publique a été signée le 7 mai 2014 par le ministère du Logement, de l’Égalité des territoires et de la Ruralité et celui de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie. C’est le point d’orgue d’une concertation réussie ! Cette étape est le résultat de près de 200 rencontres avec les élus, les habitants et les chambres d’agriculture de la Marne et des Ardennes, menées conjointement pour définir ensemble le tracé et l’implantation des 180 pylônes de la ligne électrique. Le tracé a été ajusté sur un tiers du parcours pour éviter les zones urbanisées. Au final, il n’y aura aucune habitation à moins de 200 mètres de la ligne. Découvrez en images comment la concertation permet de faire évoluer le réseau…

 

 

 

 

 

5Muscardin, chevêche et triton crêté, à la rencontre des habitants aux abords des lignes

Muscardin, chevêche et triton crêté, à la rencontre des habitants aux abords des lignes

 

La nouvelle liaison électrique entre Lonny et Vesle traverse un site Natura 2000 d’une biodiversité exceptionnelle, ainsi que trois espaces naturels sensibles: les vallées de la Sormonne, de l’Aisne et de la Suippe. Très tôt, dès le début du projet, nous avons travaillé avec Jérémy Miroir, naturaliste généraliste, pour réduire au maximum les impacts environnementaux du chantier et de la ligne.

 

 

 

 

 

Son rôle: apporter un appui technique et scientifique, et encadrer les entreprises en charge des travaux pour mettre en œuvre des mesures environnementales. Pour mieux comprendre sa mission, partons à la rencontre de quelques habitants qui peuplent la région…

 

 

 

Le muscardin

Très agile et excellent grimpeur, le muscardin est un petit mammifère qui ne mesure pas plus de 9 cm. Contrairement aux apparences, il n’a rien d’une souris et appartient à la famille des loirs. En automne, il amasse dans son organisme les réserves qui lui seront nécessaires pour hiberner. Il établit son nid constitué de brindilles au sein de buissons, d’arbrisseaux ou de massifs de clématites. Signe distinctif: il est très exigeant quant à la qualité du milieu naturel. Jérémy Miroir et les équipes de RTE ont mis en place un phasage spécial des travaux de la nouvelle ligne, pour prendre en compte le cycle biologique du muscardin.

Crédit photo : Wikimédia

 

 
 
 
 

 

La buse variable

La buse variable est un rapace diurne à la stature compacte et à la queue assez courte, avec une envergure d’1,10 m à 1,30 m. Elle se nourrit principalement de rongeurs, de reptiles, d’insectes et de petits oiseaux, mais ne dit pas non à une charogne ou un ver de terre, l’hiver venu. Comme beaucoup d’oiseaux de proie, elle niche sur des arbres élevés, feuillus ou conifères, dans les forêts ou dans les plaines. Dans le cadre de la nouvelle ligne, nous avons donc veillé à préserver des groupements d’arbres hauts, situés dans les prairies, également appréciés par la cigogne blanche ou le héron cendré.

 

La chevêche d’Athéna

Petite chouette à tête ronde et large et aux yeux dorés, la chevêche d’Athéna est un rapace nocturne étroitement lié à la présence humaine. Depuis quelques années, ses abris de prédilection – murs anciens, bâtiments délaissés, vieux vergers, arbres creux… – se raréfient fortement. C’est une menace préoccupante pour la survie de cette espèce, notamment dans les zones bocagères ardennaises. Les arbres morts ont été préservés au maximum le long de la nouvelle ligne Lonny-Seuil-Vesles, car ce sont des habitats potentiels de la chevêche d’Athéna. Ces arbres offrent une multitude de cavités recherchées par de nombreuses espèces d’oiseaux et de petits mammifères.

 

Le triton crêté

«Petit dragon des mares», il doit ce surnom à son goût pour les mares de prairies et pour la crête dorsale dentelée qui apparaît chez les mâles pendant la période de reproduction. Amphibien s’apparentant aux salamandres, il peut mesurer jusqu’à 18 cm et est très sensible à la pollution et à la modification de son habitat. Au cours des 30 dernières années, il s’est fortement raréfié en France. Plusieurs initiatives pour protéger son habitat naturel ont été mises en place sur le chantier de la nouvelle ligne, en particulier dans les zones humides des Ardennes, et pour préserver les marres: balisage, déviations de pistes d’accès, déplacements de plates-formes, etc.

 

Par ailleurs, RTE collabore avec l’association Symbiose, créée par des agriculteurs et des apiculteurs pour développer la biodiversité en Champagne-Ardenne.

Ensemble, nous aménageons les espaces au pied des pylônes de la nouvelle ligne, pour créer un corridor écologique favorisant la circulation de la faune entre ces zones refuge.

 

 

 

6Parlons technique : faisceau quadruple

Parlons technique : faisceau quadruple

La nouvelle ligne disposera de deux circuits en «faisceau quadruple », àla différence de la ligne actuelle
qui dispose d’un circuit en «faisceau double". Ce dispositif permet de répondre aux besoins de transit et de limiter les pertes en énergie. En effet, la présence de quatre câbles permet une meilleure répartition de l’énergie, ce qui limite les pertes joules - énergie perdue lors
du transit de l’électricitédans un câble.

 

 

 

 

L’économie d’énergie ainsi réalisée pourrait s’élever à environ 20 GWh par an. C’est àpeu près ce que consomment chaque année les habitants d’une ville de 10 000 habitants.

 

 

 

0 Commentaires

Vous souhaitez laisser un commentaire ?

Les commentaires sont visibles après validation. Quant au contenu des commentaires (véracité, objectivité...), il n’engage que leur auteur. Lire la charte des commentaires.

* champs obligatoires
CAPTCHA
Cette question permet de tester si vous êtes bien un être humain, réduisant ainsi les risques de spamming.
Image CAPTCHA
Saisir les caractères affichés dans l'image.

Découvrir d'autres dossiers

dossier
Notre capacité à innover se nourrit de la richesse de notre environnement. Pour développer des solutions d’avenir, nos clients sont nos premiers partenaires au cœur de cet écosystème. Tour de piste d’une collaboration gagnant-gagnant.
dossier
Étape fondamentale dans l’élaboration d’un chantier RTE, la concertation est devenue un enjeu majeur au cœur de la société.
dossier
Plongez au cœur du réseau du futur, entre électricité et digital !

Abonnez-vous à la newsletter du Mag :