Dossier
octobre 2016
France - Royaume-Uni : un nouveau chapitre dans une histoire électrique de 30 ans
30 ans après la mise en service de la liaison électrique de 70 km entre Sangatte (Hauts-de-France) et Folkestone (Kent), l’histoire continue avec le projet IFA2. Cette nouvelle liaison transmanche permettra d’augmenter la capacité d’échange électrique entre les 2 pays. Retour sur cette coopération historique entre RTE et National Grid Interconnectors Limited (NGIL).

1Un anniversaire sous le signe de la solidarité et de la coopération

Un anniversaire sous le signe de la solidarité et de la coopération

IFA 2000 (pour « interconnexion France-Angleterre »), grande sœur de la future liaison IFA2, fête cette année ses 30 ans. Reliant Sangatte à Folkestone, elle fut en 1986 la toute première interconnexion électrique en Europe. D’une capacité de 2 000 MW en courant continu, elle relie deux réseaux qui fonctionnent en courant alternatif et incarne une collaboration fructueuse et quotidienne entre RTE et National Grid. Elle a bénéficié d’une rénovation de grande envergure entre 2006 et 2012, avec notamment le remplacement des convertisseurs courant alternatif / courant continu des deux côtés de la Manche.

 

 

 

 

 

Elle fait aujourd’hui l’objet d’un nouveau « coup de jeune » avec le remplacement des câbles terrestres à courant continu côté français et d’étonnantes découvertes archéologiques à la clé.

30 ans de passion

Nous avons recueilli le témoignage de 4 collaborateurs. Ils nous racontent les défis auxquels ils ont fait face et leur engagement. Tous sont d’accord pour décrire cette expérience comme une aventure humaine hors du commun.

 

 

« La nécessité absolue de bien capitaliser le savoir »

Jean-Pierre Taisne, en charge du support technique sur IFA 2000 de 1981 à 1986

 

« À l’époque, j’étais ingénieur chercheur et je travaillais à la direction recherche et développement d’EDF. Sur IFA 2000, le petit groupe d’ingénieurs auquel j’appartenais avait pour mission d’accompagner le service études et travaux pendant toute la période de construction de l’interconnexion. Concrètement, nous participions à la rédaction des spécifications, à la réalisation d’études sur simulateur, à la définition et à la mise en œuvre d’essais en usine et sur site… Il faut savoir que la France et la Grande-Bretagne avaient choisi de construire leurs deux stations de conversion séparément, chacune faisant appel à un grand constructeur national et à une technologie spécifique ! Or les convertisseurs à chaque extrémité de la liaison devaient naturellement pouvoir fonctionner ensemble. Je me souviens que les tests de compatibilité des contrôles commandes, menés avec National Grid sur notre simulateur, étaient programmés initialement sur 4 semaines par les 2 constructeurs : une formalité. Dans les faits ils ont duré plus de 10 mois ! Cette étape a été décisive, car les dysfonctionnements résolus à ce stade auraient engendré un retard considérable sur le projet s’ils avaient été découverts lors des essais de mise en service.

 

 

 

 

 

 

Maintenance bipolaire de la station de conversion au poste des mandarins

J’ai depuis lors exercé d’autres responsabilités liées à IFA 2000. Un des grands enseignements que nous avons retenus au fil du temps, c’est la nécessité absolue de bien capitaliser le savoir et les expériences. En 1986, IFA 2000 était un “objet” unique sur le réseau en France. Alors que sur l’ensemble du territoire, on retrouvait les mêmes matériels mis en œuvre selon une ingénierie standardisée, puis exploités et maintenus de manière similaire, la plupart de ces référentiels ne s’appliquaient pas sur l’interconnexion avec l’Angleterre. Cette singularité a créé un véritable lien entre les personnes impliquées sur IFA 2000 depuis 30 ans. »

 

« Des règles de conduite du courant très précises »

Nicolas Gans, dispatching sur IFA 2000 de 2004 à 2007

« Pour mon premier poste sur IFA 2000, j’avais en charge la conduite des flux d’électricité sur la ligne depuis le dispatching de la région Nord, à Lomme, en lien étroit avec le dispatching national et National Grid pour la gestion des incidents. Avec un fonctionnement très spécifique. En effet, sur une liaison classique à courant alternatif, la puissance qui transite varie  automatiquement au gré des variations de la consommation et de la production sans qu’une intervention humaine soit nécessaire. Sur IFA 2000, c’est différent pour deux raisons : d’une part, la ligne étant en courant continu la puissance est pilotée ; d’autre part, elle est exploitée commercialement, avec des enjeux économiques tangibles pour RTE et National Grid. La conséquence : la puissance transitée est prédéfinie dans le cadre d’un programme commercial. Mais il peut parfois s’avérer nécessaire de la faire varier, en cas d’aléa technique par exemple : c’est là que j’intervenais.

Naturellement, cela impliquait des échanges très fréquents avec National Grid. Nous avions à l’époque un outil dédié pour se tenir informés mutuellement des modifications de transit : nous saisissions les informations en français et National Grid les recevait en anglais, évitant ainsi tout risque de mauvaise interprétation.

 

 

 

 

 

 

 

Salle de contrôle des commandes

 Il faut préciser que, jusqu’en 2011, IFA 2000 était la seule interconnexion reliant le Royaume-Uni au continent européen ! Cela impliquait des règles de conduite du courant très précises, pour éviter qu’un incident sur le réseau français entraîne des perturbations sur le réseau anglais. »

 

« Nous nous serrions les coudes, tant avec National Grid qu’en interne chez RTE »

 

Émilie Thiollet, ingénieur maintenance, puis manager du projet de rénovation sur IFA 2000.

« Jusqu’en 2009, j’ai piloté les opérations de maintenance annuelle sur la station de conversion IFA 2000 en France, en lien avec National Grid. Sur les convertisseurs, nous réalisions généralement 4 opérations de maintenance par an, nécessitant à chaque fois l’arrêt de tout ou partie d’un bipôle côté RTE et côté National Grid. Ces chantiers mobilisaient notamment la quasi-totalité de l’équipe du poste des Mandarins.

techniciens dans la salle des valves

Il nous fallait impérativement nous coordonner avec les entreprises intervenantes et avec notre homologue anglais pour des questions de sécurité mais aussi afin de minimiser au maximum la durée de ces arrêts pour deux raisons : éviter de pénaliser nos clients et limiter le manque à gagner pour RTE et National Grid.

 

 

 

 

 

 

Mon rôle consistait également à analyser le retour d’expérience à chaque avarie, en sollicitant tous les acteurs concernés. Mais aussi à avoir une vision à moyen et long terme des opérations de remplacement d’équipements nécessaires.

Je garde le souvenir d’une période passionnante ! Nous nous serrions les coudes, tant avec National Grid qu’en interne chez RTE. À l’époque, les compétences en matière de courant continu étaient encore assez rares, il nous fallait chercher les bonnes expertises, les partager… C’était essentiel, car cette première interconnexion européenne avait une forte visibilité « politique ». Et cela a été une des clés de réussite pour mener à bien le projet de rénovation de la station que j’ai piloté ensuite, entre 2009 et 2012. RTE et National Grid ont chacun investi 40 M€ pour remplacer – entre autres - les deux convertisseurs dont les taux de défaillance augmentaient. Ce fut l’occasion d’adopter la même technologie pour les deux équipements, ce qui a très nettement simplifié les choses. »

 

« Un énorme programme de retour d’expérience sur plusieurs années »

Xavier Bourgeat, ingénieur IFA en 2003, au moment d’une avarie importante sur un câble sous-marin

« En 2003, je travaillais au groupement d’exploitation transport Artois, à Béthune et je m’occupais uniquement d’IFA 2000. Le 6 mars 2003, un défaut est survenu sur la liaison et nous avons rapidement identifié que le problème provenait d’un câble sous-marin. Je me souviens parfaitement de ces moments, c’était très marquant, car c’était la première avarie de ce type sur l’interconnexion en 17 ans d’existence. Ainsi, la ligne était de facto en partie hors-service pendant une durée indéterminée, avec tous les enjeux financiers que cela impliquait !

cabine de pilotage de la barge lors de la réparation d'un câble sous-marin près de Folkestone

Nous avons immédiatement lancé la procédure de réparation avec National Grid. Nous avons mobilisé les deux partenaires avec qui nous avions un contrat pour faire face à ce type de situation : le câblier Nexans et l’entreprise Travocean.

 

 

 

 

 

Il a fallu trouver une barge, un bateau logistique, coordonner les expertises et les interventions, définir un créneau propice sur le plan météorologique, etc. Nous avons pu partir en mer le 11 avril au soir…. Avant de faire face à deux difficultés imprévues et de taille. Tout d’abord, une erreur dans la localisation du défaut sur le câble, que nous avions effectuée depuis la terre ferme. Nous avions déjà procédé aux opérations assez lourdes de dégagement du câble, recouvert par environ 1,50 m de fond marin. Des plongeurs l’avaient sectionné puis remonté sur le bateau… Nous nous sommes alors aperçus que le problème était situé plus loin ! Il a fallu faire une jonction du câble et tout recommencer. Ensuite, nous avons été bloqués à terre pendant 3 à 4 semaines en raison de tempêtes et d’intempéries variées. Le câble a finalement été remis en exploitation à la fin du mois de mai 2003.

Nous avons beaucoup appris de cet événement, en lançant un énorme programme de retour d’expérience sur plusieurs années. Nous avons notamment mis au point une méthode beaucoup plus complète et précise pour localiser efficacement les problèmes sur les câbles sous-marins. Nous avons aussi fabriqué du matériel spécifique pour confirmer cette détection directement en mer. Il faut croire que cette aventure ne m’a pas détourné des interconnexions, puisque j’ai ensuite occupé d’autres fonctions sur IFA 2000. Et aujourd’hui, je m’occupe de la future liaison avec l’Italie, entre la Savoie et le Piémont. »

 

IFA 2000, tant par sa puissance que par la technologie utilisée représentait une première en Europe à l’époque de sa mise en service. Bientôt âgée de 30 ans, la liaison de 70 km de long – dont 45 km de liaisons sous-marine – entre Sangatte (62) et Folkestone (Kent) permet des échanges d’électricité entre la France et l’Angleterre. D’une puissance de 2 000 MW en courant continu, cette interconnexion est capable de

répondre aux besoins en électricité d’environ 2 millions de personnes, soit l’équivalent de deux fois l’agglomération lilloise. Pour répondre à l’accroissement des échanges, des rénovations des infrastructures existantes ainsi que la réalisation d’une nouvelle liaison entre les deux pays ont déjà commencé.

 

2IFA2, un projet européen dans l’âme

IFA2, un projet européen dans l’âme

IFA2, c’est un nouveau chapitre dans une histoire électrique commune déjà ancienne entre la France et l’Angleterre. Mais c’est aussi et avant tout une liaison à la vocation européenne affirmée.

 

 

 

 

 

 

Elle a d’ailleurs été désignée « projet d’intérêt commun » par la Commission et le Parlement européens dès 2013. Visite guidée.

Un projet qui voit les choses en grand

200 kilomètres de liaison sous-marine, 30 km de liaison souterraine côté français, une station de conversion de pointe à chaque extrémité, une nouvelle capacité d’échange de 1 GW… IFA2 se distingue par ses dimensions hors norme. Elles font d’elle la « cousine » de l’interconnexion de 65 km entre la France et l’Espagne inaugurée en 2015, la ligne de tous les records.

 

 

IFA2 s’inscrit aussi dans la même lignée que la future liaison de 190 km entre la Savoie et le Piémont italien, en cours de construction.

 

En tout, IFA2 couvrira près de 250 km entre le poste électrique de Chilling, près de Southampton au Royaume-Uni et le poste de Tourbe, au sud-est de Caen (Calvados). Ambitieux, le projet est à la hauteur des besoins : les échanges électriques entre la France et l’Angleterre devraient en effet augmenter d’au moins 4 GW d’ici à 2030.

Portion du tracé de la future liaison électrique IFA2 à Frénouville

 

Tirer pleinement parti de nos différences

La France et l’Angleterre sont profondément différentes… Tout au moins en ce qui concerne leur mix énergétique. De part et d’autre de la Manche, les habitudes de vie des Français et des Anglais ne sont pas les mêmes.

Par exemple, ils ne rentrent pas au même moment chez eux en fin de journée et ne dînent pas à la même heure… Résultat : le pic quotidien de sollicitation du réseau électrique intervient généralement vers 19 heures en France, alors qu’il a lieu plus tôt en Angleterre et ceci malgré le décalage horaire.

 

 

IFA 2 permettra de mieux tirer parti de ces différences, grâce à des capacités d’échange accrues. Chaque pays pourra ainsi plus facilement exporter vers son voisin – et vers le reste de l’Europe – ses productions d’électricité les plus compétitives à un instant donné. Il sera aussi plus simple d’importer de l’électricité en cas de besoin, notamment lors des pointes de consommation. Avec à la clé une fiabilité renforcée dans les deux pays, mais aussi à l’échelle de l’Europe.

Un + pour la transition énergétique

L’Angleterre comme la France mettent les bouchées doubles pour développer l’utilisation des énergies renouvelables. Deux chiffres pour illustrer cette mobilisation : en Angleterre, l’utilisation des EnR pour la production d’électricité a augmenté de 76% entre 2009 et 2013. En France, le parc renouvelable a progressé de 2 000 MW en 2015, toutes filières confondues.

Or ces productions sont par nature intermittentes et doivent pouvoir être acheminées en temps réel sur le réseau électrique européen, sous peine d’être perdues. Par ailleurs, la météo est souvent très différente des deux côtés de la Manche, le soleil ne brille pas au même moment…

IFA2 permettra donc d’optimiser en temps réel l’utilisation des EnR produites dans les deux pays. Un exemple concret : imaginons que le vent souffle fort en Angleterre et que cette production ne puisse pas être absorbée localement faute de demande. Avec IFA2, il sera alors possible de valoriser le surplus d’électricité produit par les parcs éoliens anglais en l’exportant plus facilement vers la France, voire vers d’autres pays européens.

 

PORTION DU TRACÉ DE LA FUTURE LIAISON ÉLECTRIQUE IFA2 À FRÉNOUVILLE

Le référendum sur le Brexit n'impacte ni le programme de travail du projet, qui vise une décision finale d'investissement en novembre 2016, ni ses fondamentaux qui reposent sur la complémentarité des parcs de production français et britanniques dans un contexte de transition énergétique dans nos deux pays.

 

3Comment maintenir l'équilibre électrique à l'échelle de l'Europe ?

Comment maintenir l'équilibre électrique à l'échelle de l'Europe ?

Comment maintenir l’équilibre entre ceux qui consomment plus qu’ils ne produisent et vice versa ? Quelle solidarité électrique entre les territoires et avec l’Europe ? Comment utiliser au mieux les différentes sources d’énergie en utilisant les énergies renouvelables lorsqu’elles sont disponibles ? Découvrez comment sont exploitées les complémentarités entre les pays et les régions...

 

 

 

 

 

4IFA2, vue de l’autre côté de la Manche

IFA2, vue de l’autre côté de la Manche

Rencontre avec David Luetchford, National Grid

Pour construire puis exploiter IFA2, RTE et National Grid vont créer une filiale commune dédiée. Disposant d’une structure de pilotage unique, elle permettra de garantir un contrôle optimal sur le déroulement du projet, tout en partageant les coûts et les risques.

 

 

 

 

 

 

Comment National Grid aborde-t-il cette collaboration étroite ? Rencontre avec David Luetchford, responsable du projet IFA2 au sein du gestionnaire du réseau au Royaume-Uni.

Qu’appréciez-vous particulièrement sur de grands projets comme IFA2 ?

J’ai été amené à gérer à plusieurs reprises des projets importants ou qui nécessitaient une coopération internationale. J’ai dirigé le « London Power Tunnels project » mené par National Grid. Il s’agissait de construire en sept ans 32 km de « super autoroutes électriques » de grande profondeur, pour répondre à la demande croissante de notre capitale. J’ai aussi travaillé sur des projets de construction un peu partout dans le monde. Ce que j’apprécie le plus dans ce type d’expérience, c’est la découverte de nouvelles cultures et l’apprentissage de nouvelles langues. Je parle déjà espagnol et j’espère que mon français s’améliorera !

 

 

Quels bénéfices attendez-vous d’IFA2 au regard de la situation énergétique de l'Angleterre ?

Les consommateurs des deux pays bénéficieront de la mutualisation de leurs mix électriques, pour un coût de l’électricité plus compétitif, pour plus de sécurité d’approvisionnement et pour plus d’énergies propres.

 

Avez-vous des défis spécifiques à relever en Angleterre pour mener à bien IFA2 ?
Comme en France, un de nos principaux défis est d’obtenir toutes les autorisations pour mener à bien notre projet.

Le sud de l’Angleterre est une région dense : nous avons mis du temps avant de trouver un site adapté pour accueillir la station de conversion, qui soit à la fois proche de la côte et d’un poste électrique 400 000 volts. National Grid a dû répondre aux attentes de multiples parties prenantes.

Heureusement, nous avions deux atouts : notre capacité reconnue à travailler en véritable collaboration avec les acteurs locaux et un profond respect de l’environnement.

 

Quels sont les rôles respectifs de RTE et National Grid sur IFA2 ?

Sur IFA2, nous sommes deux partenaires parfaitement égaux, sans rôles spécifiques. Il y aura une seule équipe de construction, réunissant les meilleurs experts des deux entreprises. Nous avons simplement décidé que National Grid prendra le lead sur les câbles sous-marins, en raison de notre expérience récente sur plusieurs projets de ce type. RTE sera, quant à lui, en pointe sur les convertisseurs, étant donné leur force en matière d’ingénierie et de design.

National Grid et RTE se connaissent bien et travaillent ensemble depuis longtemps dans le cadre d'IFA 2000. En quoi leurs approches et leurs expertises sont-elles différentes ou complémentaires ?

Les deux compagnies sont toutes deux très performantes sur les questions financières et d’ingénierie. Je dirais que National Grid a appris à faire preuve d’une grande souplesse, tout en accordant un réel pouvoir de décision à son management. De leur côté, les équipes de RTE témoignent d’un grand professionnalisme et d’une exigence constante envers elles-mêmes.

 

 

 

5Les achats IFA2 : une collaboration innovante avec National Grid

Les achats IFA2 : une collaboration innovante avec National Grid

Quand il s’agit de construire une interconnexion électrique d’une capacité de 1 000 MW composée de près de 250 km de liaison électrique souterraine et sous-marine, et de deux stations de conversion, on imagine rapidement la multitude de lots et la quantité de matériaux, d’outillage ou de savoir-faire nécessaires…

 

 

 

 

Pour réaliser ces chantiers majeurs, RTE achète ces différents éléments auprès de grands industriels du marché. Avec une particularité dans le cas de IFA2 : une collaboration très étroite et innovante avec National Grid, le gestionnaire du réseau anglais.

 

Des achats exceptionnels

De par sa dimension, le projet IFA2 implique des achats d’une ampleur exceptionnelle (fourniture et pose de câbles souterrains et sous-marins, Génie civile, Stations de conversion…) Alors, dans ces conditions, afin de limiter le risque lié à la gestion des interfaces contractuelles, RTE et National Grid ont fait le choix de s’adresser à de grands industriels, capables d’effectuer des prestations complètes clés en main.

« Concrètement, un appel d’offres d’envergure constitué de plusieurs lots a été lancé le 30 novembre 2015 », explique Aurélie Croizet, acheteuse projet sur IFA2. « L’un porte sur la réalisation des deux stations de conversion et l’autre sur la mise en place des câbles sous-marins et souterrains. Dans les deux cas, le prestataire retenu prendra en charge l’ensemble des opérations, depuis les études préalables jusqu’à la construction. Notre objectif : signer les contrats fin 2016, pour lancer la phase opérationnelle en 2017. »

 

 

Une « feuille blanche » pour RTE et National Grid

Deux ans ont été nécessaires pour exprimer le besoin (analyse du marché de l’offre, choix technologique, étude de faisabilité), développer la stratégie d’achat (lotissement, panel fournisseur, stratégie d’attribution, profil de risque contractuel) et lancer la consultation. En effet, en plus de la complexité liée à ce type d’achat, RTE et National Grid ont dû fusionner leurs pratiques achats et dans ce domaine tout – ou presque – était à inventer.

Selon Aurélie Croizet, « le projet IFA2 s’est construit autour d’un partenariat très poussé entre RTE et National Grid. Cela implique d’effectuer conjointement les achats nécessaires et de disposer pour cela de processus et de stratégie d’achats communs. Or le précédent projet IFA2000 date d’il y a 30 ans. Par conséquent, les organisations et le monde fournisseur ont évolué, la démarche achat IFA2 a dû s’adapter à ses évolutions ! ».

Cette relation de partenariat avec un autre GRT est propice au partage de compétences, de savoir-faire et de pratiques ainsi qu’à la confrontation d’idées.

 

 

C’est un relais d’innovation achat pour RTE.

Ainsi, pour créer processus et stratégie d’achat, les équipes achats des deux gestionnaires de réseau ont dans un premier temps appris à connaître leurs méthodologies respectives et ont ensuite travaillé main dans la main pour fusionner ces processus en retenant les points forts de chacun. « Par exemple, allier le côté prescriptif de RTE au côté fonctionnel de National Grid a permis à la fois d’avoir une définition précise du besoin et une ouverture sur le panel fournisseur et le choix technologique. Nous nous sommes bien sûr inspirés des retours d’expérience précieux sur les interconnexions entre la France et l’Espagne ou l’Italie, tout en créant quelque chose de nouveau. »

Une collaboration au jour le jour

Pour relever ce défi, Aurélie Croizet et ses interlocuteurs chez National Grid ont tissé des relations très étroites. « Je reviens d’un séjour de trois mois à Londres pour travailler en direct avec eux et je vais y repartir prochainement. Nous les avons tous les jours au téléphone, j’ai vraiment le sentiment que nous formons une co-équipe ! » 

Cette interaction constante est indispensable, pour trois raisons. Tout d’abord, il faut une implication forte de la part des dizaines de personnes concernées pour mener à bien ces appels d’offres hors-norme, dans des délais resserrés.

Par ailleurs, il faut pouvoir présenter un « front commun » robuste pour faire accepter de nouvelles pratiques au sein de chaque organisation.

 

Pour Aurélie, « les nouveaux processus que nous avons créés impliquent de changer des habitudes souvent bien établies. Et pour y parvenir, nous devons convaincre de nombreux interlocuteurs, en interne ».

Enfin, les achats pour IFA2 portent sur des marchés souvent tendus : les grands fournisseurs de câbles sous-marins sont par exemple très sollicités, notamment avec le développement des nombreux projets offshore dans le monde. « Pour être attractifs, RTE et National Grid se devaient donc d’être très solides et parfaitement en phase dans leurs positionnements et leurs intentions stratégiques. »

 

5 Commentaires

Article très intéressant, je trouve juste qu'il manque des photos des installations comme à l'intérieurs des postes.
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Bonjour Robert, Merci beaucoup pour l'intérêt que vous portez à notre magazine. A bientôt, L'équipe du MAG RTE&Vous
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That's what we've all been waiting for! Great posgtni!
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Ce projet a-t-il un rapport avec ElecLink qui empruntera le tunnel ?
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Bonjour Pierre, Ces deux projets de 1 GW chacun concourent tous deux à l’augmentation de la capacité d’échange entre France et Royaume Uni. Mais ce sont deux projets distincts : IFA2 est porté par Rte et National Grid, et Eleclink est porté par la société du même nom dont Eurotunnel est actionnaire. De plus IFA2 est un projet sous-marin reliant Caen à Southampton alors qu’Eleclink est un câble terrestre installé dans le tunnel ferroviaire d’Eurotunnel reliant le pas de Calais au Kent. A bientôt, L'équipe du MAG RTE&Vous
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