Dossier
juin 2015
Une énergie durable entre Rhône-Alpes et Auvergne
Reconstruction de la ligne 2Loires

1Environnement naturel et humain: comment est-il pris en compte?

Environnement naturel et humain: comment est-il pris en compte?

 

 

D’ici 2030, près de 70 000 habitants supplémentaires sont attendus dans la région située entre Saint-Étienne (Loire) et le Puy-en-Velay (Haute-Loire). Après 70 ans de bons et loyaux services, la ligne électrique existante de 225 000 volts ne permet plus de faire face à ces besoins accrus en énergie. Elle va donc être remplacée en 2015 par une ligne de plus grande capacité, capable d’accompagner le développement démographique et économique de ce territoire.

 

RTE saisit cette opportunité pour adapter le tracé du nouvel ouvrage électrique aux évolutions survenues depuis la construction de la ligne d’origine, dans les années 1940. Nous mettons bien sûr tout en œuvre pour prendre en compte des environnements naturels et humains radicalement différents tout au long du parcours comme le Parc Naturel Régional du Pilat, les milieux ruraux, ou les espaces de plus en plus urbanisés du côté de Saint-Étienne. Mais, concrètement, comment cela se passe-t-il? Tour d’horizon en 4 étapes.

 

1re étape: réaliser un diagnostic de la ligne existante

L’objectif de ce diagnostic, effectué en 2010, est d’identifier les impacts environnementaux de la ligne à 225 000 volts actuelle, pour, à terme, y remédier.

RTE a confié cette analyse à C3E, un bureau d’études indépendant chargé de l’étude d’impact du projet. Dominique Michelland, directeur de C3E, nous explique comment il a procédé: «Nous avons commencé par parcourir toute la ligne en recueillant un maximum d’informations sur la faune, la flore, l’urbanisme, les risques naturels, etc. Nous avons ensuite croisé ces données avec celles fournies par l’Administration ou d’autres sources. À la clé, un état des lieux le plus complet possible sur une bande large d’une dizaine de km autour de la ligne».

 

En 2009, RTE a aussi rencontré près de 750 acteurs du territoire lors de la phase d’écoute préalable. L’intérêt de ces permanences et de ces réunions publiques? Partager le diagnostic et recueillir l’avis du grand public sur la ligne existante.

2e étape: définir une aire d’étude

À partir des caractéristiques environnementales du terrain, l’objectif de cette étape est de délimiter un périmètre au sein duquel on dessinera plus tard le parcours de la nouvelle ligne. Dominique Michelland raconte: «Nous avons, par exemple, d’abord envisagé de passer par le sud du Puy-en-Velay. Puis, constatant la présence de sites classés sur cette zone, nous avons considéré d’autres options. Nous avons alors positionné la limite de l’aire d’étude au nord de la ville. Nous avons procédé de la même manière pour l’ensemble du territoire concerné».

 

 

Pour enrichir ses analyses, C3E s’est appuyé sur des groupes de travail pilotés et organisés par RTE avec des acteurs locaux ayant une réelle connaissance des territoires: ils ont pu décrire comment les gens vivent, quels sont leurs lieux de promenade favoris, comment ils perçoivent leur commune, etc.

3e étape: choisir des «fuseaux»

Les fuseaux sont des bandes de quelques centaines de mètres de large que l’on trace à l’intérieur de l’aire d’étude définie à l’étape précédente. Concrètement, on commence par affiner le diagnostic environnemental sur cette aire d’étude. Pour Dominique Michelland: «C’est un peu comme si nous faisions un zoom de plus en plus précis. Nous commençons à l’échelle du 100 000e – soit 1 cm par km – et nous terminons au 10 000e – soit 1 cm pour 100 m». Pour y parvenir, C3E a donc de nouveau intégré des informations – beaucoup plus précises – recueillies sur le terrain et des données émanant des services de l’État. Mais aussi des études transmises par des associations locales, comme la Ligue de Protection des Oiseaux.

 

 

Cela a permis de cartographier avec précision les zones sensibles, comme les gorges de la Loire ou le massif de La Veysseyre. Et de construire plusieurs hypothèses pour les franchir ou les contourner.

Tout ce travail préparatoire a permis de définir plusieurs fuseaux réalistes, avec deux avantages: ouvrir au maximum le choix proposé aux acteurs de la concertation (élus locaux, associations, organisations professionnelles, services de l’État…) et éclairer leur réflexion. RTE et C3E ont mis à leur disposition une comparaison multicritère des différentes pistes proposées et ont émis une recommandation.

4e étape: dessiner le tracé définitif de la ligne

Une fois le fuseau sélectionné, nouveau zoom et nouvelle analyse environnementale toujours plus fine. Avec deux principes: trouver les solutions ayant le moins d’impact possible. Et, quand ces impacts ne peuvent être évités, les réduire au maximum. «Par exemple en choisissant un type de pylône spécifique, qui s’intégrera au mieux dans l’environnement local. Ou encore en réalisant des plantations pour masquer certaines infrastructures», indique Dominique Michelland.

 

Ces travaux «de dentelle», au plus près du terrain, ont donc permis de définir plusieurs tracés proposés, là encore, à tous les acteurs locaux. Mission terminée pour C3E? «Pas tout à fait. Après le choix du tracé définitif, nous avons formalisé selon les exigences réglementaires l’ensemble des études que nous avons réalisées. Elles ont ainsi constitué une source d’information importante pour tous les citoyens qui ont ensuite participé à l’enquête publique sur ce projet majeur pour leur région.»

 

23 questions à M. Pouchelle, écologue, sur la surveillance écologique du chantier

 

 

3 questions à M. Pouchelle, écologue, sur la surveillance écologique du chantier

Vous êtes «écologue de chantier» sur le projet 2Loires. En quoi consiste votre mission?

Sur un grand projet comme 2Loires, RTE prend toute une série d’engagements écologiques précis: sauvegarde des espèces protégées, conservation des habitats naturels, remise en état des terrains, etc. Elle missionne ensuite une société indépendante – Egis, dans le cas présent – pour s’assurer que ces engagements sont bien respectés. C’est mon rôle.

J’ai commencé par réunir toutes les entreprises qui interviennent sur le premier secteur du projet, entre Pratclaux et Sanssac, en Haute-Loire. L’objectif: présenter aux responsables sécurité environnement et aux chefs de chantier les différentes mesures écologiques qu’ils allaient devoir appliquer. Et, plus important encore, leur expliquer pourquoi ces mesures étaient essentielles.

 

                                                                            

Ensuite, mon travail consiste à former les équipes sur le terrain. Là, ça devient très concret! Elles apprennent, par exemple, pourquoi le bois coupé doit être entreposé hors des zones de circulation et sur un emplacement définitif: en le déplaçant à nouveau, on risquerait de détruire le gîte que certaines espèces ont pu y trouver. Autre point de vigilance: en période de ponte des amphibiens, il leur faut reboucher au plus vite les ornières créées par les engins de chantier. Ceci pour éviter de rouler sur les œufs qui auraient pu s’y loger.

Vous réalisez aussi des contrôles sur le chantier?

Oui, environ une fois par mois en rythme de croisière. Je m’appuie pour cela sur les «fiches pylônes» qui récapitulent l’ensemble des mesures à prendre aux abords de chaque pylône. Je pense qu’il faut deux qualités pour cette mission: la rigueur, car il s’agit de détecter la moindre anomalie dans le traitement des déchets, le confinement des polluants, la mise à disposition de kits antipollution, etc.

Mais aussi une grande adaptabilité, car les enjeux varient beaucoup en fonction des secteurs géographiques et des saisons. Un exemple concret: au début du chantier, en hiver, il nous fallait déboiser rapidement pour préparer le passage de la ligne électrique, avant la migration des oiseaux. Aujourd’hui, au printemps, nous devons plutôt éviter au maximum les endroits où ils ont installé leurs nids.

Autre exemple: nous vérifions que les zones sensibles balisées à proximité du chantier sont bien respectées. Mais ces espaces – qui abritent souvent des espèces protégées – peuvent s’étendre avec la végétation. À nous de prendre en compte cette évolution et d’alerter les équipes.

 

 

Une histoire hors du commun sur ce chantier?

Hors du commun, peut-être pas, mais peu banale! En fait, la future ligne traverse les plateaux de Haute-Loire, qui présentent des paysages particuliers, très ouverts, avec de petites parcelles et surtout de nombreux murets de pierre.

Une vingtaine de ces murets devaient être déconstruits pour les besoins du projet, alors même qu’ils servent souvent de lieu d’hibernation pour les reptiles.

 

Nous avons donc dû enlever chaque couche de pierre une à une, ce qui nous a permis de sauver plusieurs animaux. Là encore, c’est la saison qui a guidé notre action: à un autre moment, en dehors de la période d’hibernation, les reptiles auraient pu s’enfuir d’eux-mêmes, sans intervention de notre part.

 

3Protéger le royaume du Milan royal

 

La présence du Milan royal en France ne date pas d’hier! Son nom viendrait de Louis XIII, qui aimait le relâcher par ses fenêtres du Louvre, après l’avoir capturé dans la Plaine-Saint-Denis. Pendant des siècles, ce rapace de grande taille abondait dans le pays et tout particulièrement en Auvergne. Depuis une vingtaine d’années, l’espèce est en régression continue et fait l’objet d’un plan national de restauration. RTE a un rôle particulier à jouer pour protéger ces oiseaux, qui peuvent percuter les lignes à haute tension.

Dans le cadre du projet 2Loires, nous allons par exemple construire une «placette de nourrissage», en partenariat avec la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO) d’Auvergne. L’objectif? Disposer d’un espace clos de 100 m2 environ, à l’abri des renards et des chiens, pour donner à manger aux rapaces de mi-novembre à mi-mars.

Les milans royaux ont en effet du mal à trouver de la nourriture en hiver: les décharges à ciel ouvert qu’ils avaient l’habitude de fréquenter sont désormais fermées et l’intensification de l’agriculture réduit fortement leurs proies de prédilection. Le nouvel enclos de nourrissage sera alimenté par un pisciculteur, qui fournira jusqu’à 100 kg de peaux et de têtes de poissons par semaine. Soit autant de frais d’incinération coûteux en moins pour lui.

Dans le même temps, RTE travaille main dans la main avec le Conservatoire des Espaces Naturels (CEN) d’Auvergne: nous prévoyons, entre autres, de restaurer des zones humides favorables aux oiseaux aux abords de la nouvelle ligne électrique, ou encore, d’installer des balises avifaunes sécurisant la ligne lors des mouvements migratoires des rapaces.

 

4Les entreprises locales, premières bénéficiaires du chantier

Les entreprises locales, premières bénéficiaires du chantier

 

 

Savez-vous combien de journées de travail sont nécessaires – en moyenne – pour construire 10 km de ligne électrique? Environ 7 500. Un chiffre qui donne une idée des retombées économiques locales potentielles pour un projet comme 2Loires!

Pour optimiser ces retombées, RTE a travaillé en amont du chantier avec de nombreux partenaires: CCI de la Haute-Loire et de Saint-Étienne Montbrison, Fédérations du BTP de la Loire et de la Haute-Loire et élus. Ensemble, ils ont mis en œuvre des actions pour permettre aux entreprises locales d’en savoir plus sur les compétences recherchées et les critères pour postuler aux appels d’offres. Trois rencontres ont par exemple été organisées en 2014 avec les acteurs de la filière bois-forêt et du BTP.

Le résultat: des entreprises locales qui tirent pleinement parti des opportunités offertes par le chantier de la nouvelle ligne électrique. Écoutons le témoignage de deux d’entre elles, qui sont intervenues sur le premier tronçon du projet, entre Pratclaux et Sanssac en Haute-Loire.

Mme Orfeuvre, entreprise Orfeuvre TP, située au Puy en Velay

«Notre entreprise, créée en 2002, a réalisé les pistes pour accéder aux plate-formes des futurs pylônes, ainsi que les plate-formes elles-mêmes. Concrètement, il s’agissait d’ouvrir des chemins: nous y disposions ensuite des matériaux pour que les camions et les grues puissent circuler. Pour nos cinq salariés, c’était très enrichissant de participer à un gros projet de travaux publics comme celui-ci. L’entreprise SAG Thepault, qui gère le marché avec RTE, nous a beaucoup épaulés

 

M. Coudert, entreprise Chevalier, située à Brioude (Haute-Loire)

«Notre entreprise a plus de 80 ans et compte aujourd’hui une centaine de collaborateurs. Sur le projet 2Loires, nous avons, nous aussi, créé des pistes d’accès à une trentaine de pylônes de février à avril 2015. Une fois ces pylônes construits, à l’automne et à l’hiver prochains, nous supprimerons ces pistes et assurerons la remise en état des terrains. Nous avons l’habitude de travailler pour des sociétés industrielles, les services de l’État, la région… C’était une première avec RTE et nous sommes ravis de cette collaboration.»

 

 

5Les enfants sont au courant

 

                                                                           

                         

 

 

Les enfants sont au courant

Surplombant les gorges de l’Allier, dans la Haute-Loire, la commune de Saint-Privat-d’Allier est une étape privilégiée des marcheurs du chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle. RTE est allé à la rencontre des élèves de l’école élémentaire pour une journée pédagogique. L’objectif? Expliquer la reconstruction de la ligne à haute tension, un chantier d’envergure qui se déroule à proximité de chez eux et les sensibiliser aux notions de base de l’électricité. Visite du chantier et ateliers… départ pour une journée avec les enfants.

 

6Des retombées économiques positives pour le territoire

Des retombées économiques positives pour le territoire

Pour mettre en œuvre le chantier 2Loires, certaines activités font appel aux compétences des entreprises locales. Des travaux de déboisement à la construction des pistes d’accès pour les engins, en passant par la fourniture de matériel, la valorisation des déchets et la surveillance du chantier; ce sont 7 500 journées de travail pour la construction d’une portion de ligne de 10 km.

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