Actualité-
06.05.2019
Les EnR donnent de l’hypertension au réseau

La transition énergétique induit de nouvelles contraintes concernant le réglage de la tension sur le réseau de RTE. Les explications de Vincent Sermanson, pilote d’affaires au pôle Etudes Electrotechniques du SEDRE (Service Etudes de Développement de Réseau Electrique).

 

Pendant longtemps, la principale menace qui pesait sur RTE était d’être confronté à un écroulement de tension sur son réseau, synonyme de potentiel black-out. Aujourd’hui, la problématique s’est inversée avec l’apparition de phénomènes de tensions hautes. Que s’est-il passé ?

(...) Des investissements importants ont été engagés pour installer des matériels permettant de la réguler (moyens de compensation de type condensateurs ou CSPR) et renforcer la sécurité d’approvisionnement dans l’Ouest et en PACA. Le risque s’est réduit, d’autant que nous connaissons des hivers moins froids, mais il est toujours pris très au sérieux compte tenu des conséquences sur l’alimentation du pays et l’image de RTE. Pour autant, notre principal défi est aujourd’hui de gérer ces phénomènes de tension hautes.

D’où viennent ces phénomènes ?

Ils apparaissent lorsque nos lignes sont peu chargées et que les soutirages* sont faibles, une situation typique des creux nocturnes qui va en s’accentuant. Ils sont exacerbés par le développement des énergies renouvelables (EnR) décentralisées. Ces sources de production sont en effet le plus souvent raccordées aux réseaux de distribution, et réduisent d’autant le transit et les soutirages sur notre réseau. De plus, leur production intermittente et variable selon la météo implique un besoin accru de régulation de la tension. Outre ces creux de nuit, des tensions hautes apparaissent de plus en plus les journées ensoleillées là où il y a de la production photovoltaïque, et surtout les jours venteux sous l’effet de la production éolienne. Enfin, la mise en souterrain d’un nombre croissant de liaisons amplifie le problème. Un câble souterrain génère d’avantage d’énergie réactive (mesurée en Mvar) qu’une ligne électrique sur pylônes, et c’est ce surplus de réactif qui crée ces phénomènes de tensions hautes.

Quels problèmes ces tensions hautes engendrent-elles ?

Elles entrainent des problèmes de qualité d’électricité (QdE) préjudiciables pour nos clients, ainsi qu’un vieillissement prématuré de nos matériels, notamment dans les postes. Pour certains d’entre eux, comme les disjoncteurs ou les transformateurs, elles peuvent même être sources d’avaries assez graves. Les parades que nos collègues de l’Exploitation doivent mettre en place pour y remédier sont de plus en plus acrobatiques. C’est pour cela que nous étudions de plus près la façon dont le réseau se comporte dans ces situations, avec parfois des constats contre-intuitifs.

 

*Soutirage : Énergie assimilée à une consommation mesurée ou déclarée et comptée négativement pour le calcul de l’Ecart du Responsable d’Equilibre. 

Crédit photo : François L.

C’est-à-dire ?

On a toujours considéré que le réglage de la tension était un paramètre à gérer de façon très locale. Or ce n’est pas toujours le cas : une forme « d’équilibrage » peut s’opérer sur des zones assez vastes, donnant du même coup du crédit à une vision plus large du « bilan de réactif ». D’ailleurs, nos homologues Allemands et Belges, par exemple, s’intéressent aussi à cette notion. Sur un autre thème, il est généralement admis que la compensation du réactif doit se faire en priorité au niveau de nos clients pour être la plus efficace. Mais là non plus, cela ne se passe pas exactement de cette façon car les lignes et transformateurs du réseau de transport ont un impact au moins aussi important en termes de production ou d’absorption de puissance réactive. Il y a ainsi plusieurs éléments « surprenants » qui méritent d’être davantage analysés.

De façon plus prosaïque, comment ces phénomènes de tensions hautes peuvent-ils être contrôlés ?

Nous sommes justement en train d’étudier les moyens de compensation dont nous aurons besoin dans les années à venir. Un programme de déploiement de selfs (bobines d’inductance) est en cours d’élaboration et, si l’on suit une trajectoire volontariste de déploiement des EnR, nous pourrions avoir à augmenter de moitié le parc installé d’ici à 2035 (7500 Mvar de bobines actuellement). Voire à le doubler en cas de déclassement massif du nucléaire à des échéances plus lointaines. En parallèle, nous menons des expérimentations pour évaluer la contribution des EnR au réglage de la tension. C’est délicat avec les sources de production raccordées aux réseaux de distribution. Mais avec les fermes connectées au réseau de transport et les futurs parcs éoliens offshore, par exemple, les mécanismes techniques et contractuels sont déjà en place.

 

 

1 Commentaires

Trop de concepts non définis. La compréhension de cet article n'est possible que pour un spécialiste pointu. Transit, soutirage, réactif, ERE.
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