Dossier
novembre 2015
COP 21 : le transport d'électricité au coeur des enjeux climatiques

1Nos solutions pour le climat

Nos solutions pour le climat

« Au-delà de solutions techniques, la maîtrise de l’énergie est l’affaire de tous : acteurs de l’énergie, industriels et particuliers. C’est ensemble que nous construisons le système électrique de demain, plus efficace, plus propre, plus sobre. »

François Brottes, Président du directoire de RTE

Acteur de la politique énergétique française et européenne, RTE est à l’intersection de trois enjeux majeurs : la lutte contre le changement climatique, la compétitivité de l’économie et la sécurité des approvisionnements énergétiques. Alors que notre façon de produire et de consommer l’énergie électrique se transforme, la maîtrise de l’énergie est une ressource qui, à service égal, se substitue à de la production.

 

2Accueillir les énergies renouvelables

Accueillir les énergies renouvelables

La France s’est fixé comme objectif pour 2030 d’augmenter la production d’électricité issue des énergies renouvelables (EnR) pour atteindre 40% du mix électrique de la consommation, et de réduire la part du nucléaire dans le secteur électrique à 50%. RTE est un acteur clé de la transition énergétique. À ce titre, il élabore les schémas régionaux de raccordement au réseau des énergies renouvelables (S3REnR).
Comment intégrer les EnR à notre système? Que se passe-t-il quand il y a des nuages, la nuit ou en l’absence de vent? La réponse en une minute chrono…

 

 

 

 

 

3L'énergie du soleil circule dans le réseau, RTE raccorde le plus grand parc photovoltaïque d'Europe

L'énergie du soleil circule dans le réseau, RTE raccorde le plus grand parc photovoltaïque d'Europe

 

Située à Cestas, entre Bordeaux et Arcachon, la centrale solaire de Constantin est la plus grande d’Europe (230 MW). Constituée d’un million de panneaux photovoltaïques, elle est parcourue par 116 km de câbles et s’étend sur 250 hectares, soit l’équivalent de 275 terrains de football! Elle produira 350 GWh par an, correspondant à la consommation électrique de la ville de Bordeaux. Elle est raccordée au réseau 225 KV via une liaison souterraine de 1,2 km en antenne sur le poste 225 kV de Cestas. Il a été construit spécialement pour ce raccordement et est relié au réseau existant par deux liaisons souterraines, deux microtunnels et un ouvrage aérosouterrain. RTE a su relever le défi de réaliser l’ensemble de ces travaux en 33 mois. La première mise sous tension de la centrale a eu lieu le 28 septembre 2015.

 

 

 

 

 

 

4éCO2mix, une initiative éco-citoyenne

éCO2mix, une initiative éco-citoyenne

Application citoyenne, éCO2mix est une véritable «horloge énergétique» qui permet de suivre les variations de consommation et de production à chaque instant de la journée et d'accéder à plus de 15 millions de données. Combien consomme votre région ou le pays, d’où vient l’électricité, comment est-elle produite et en quelle quantité? Quand la France est-elle importatrice ou exportatrice d’électricité? Comment se font les échanges entre les régions? Quelles sont les émissions de CO2 liées à la production française d’électricité? RTE s’engage à partager toutes les données sur l’électricité française avec vous. Objectif: faire de vous un consommateur averti.

Une nouvelle version enrichie d’éCO2mix est disponible.
A découvrir ici.

 

 

 

 

 

5Valoriser les effacements de consommation électrique

Valoriser les effacements de consommation électrique

Responsable de l'équilibre offre-demande au niveau national, RTE joue un rôle essentiel dans l’activation en temps réel de solutions pour maintenir cet équilibre. En particulier, nous avons développé des mécanismes de marché qui permettent de valoriser les offres de consommateurs prêts à baisser leur consommation contre rémunération. On parle alors d’effacements.

L’effacement de consommation est désormais traité de la même façon que les sources de production. Ce changement de modèle crée une alternative au développement de moyens destinés à couvrir les pointes de consommation, moyens souvent émetteurs de gaz à effet de serre.

 
 
 
 
 
 

 

6Bretagne et PACA : une autre façon de consommer l'électricité

Bretagne et PACA : une autre façon de consommer l'électricité

Acteurs de notre consommation électrique avec ÉcoWatt

Le dispositif ÉcoWatt, mis en place dès 2008, cible deux des régions les plus fragiles sur le plan électrique: la Bretagne et la région PACA. En effet, la Bretagne et la région PACA consomment bien plus que ce qui est produit dans la région. Le déséquilibre est encore plus important en hiver lorsque tout le monde veut se chauffer ou s’éclairer au même moment. Il faut savoir qu’en hiver, 1 °C en moins engendre 2 300 MW de consommation en plus, soit l'équivalent d'une ville comme Brest.

L’objectif d’ÉcoWatt: inciter les consommateurs à modérer leur consommation d’électricité, en particulier en hiver, aux heures de pointe, grâce à la mise en place d’éco-gestes, de conseils à mettre en œuvre au quotidien, de témoignages et de partage d’initiatives.

 

 

 

 

 

Savez-vous que cuisiner en couvrant poêles et casseroles, c’est 30% d’économie? Que privilégier les lavages en machine à 30° permet de consommer trois fois moins qu’un cycle à 90°?

Chaque hiver, ÉcoWatt met en place un système d’alerte qui permet aux consommateurs d’être informés par e-mail ou par SMS en cas de pics de consommation. En Bretagne, RTE déclenche des alertes lors des périodes à risque, dans l’esprit des journées vertes, oranges, rouges de Bison fûté. Les EcoW’acteurs peuvent alors ajuster leur consommation en fonction de ces données.

 

Région PACA, un point de fragilité historique levé

Le Var et les Alpes-Maritimes ne produisent que 10% de l’électricité qu’ils consomment. Ils dépendent donc de la production acheminée depuis les départements voisins. Le réseau 225 000 volts n’était pas en mesure d’assurer la totalité de l’alimentation de la zone en cas d’avarie sur le seul grand axe à 400 000 volts, entre Avignon et Nice, exposant la région à des risques de coupures. Par ailleurs cet axe arrivait à saturation, en hiver aux heures de fortes consommations. La mise en service du filet de sécurité PACA en 2015, marque l’aboutissement d’un projet lancé en 2009 et mené à bien en un temps record de 3 ans de concertation puis 30 mois de chantier. Il vient lever un point de fragilité historique. La région est désormais au même niveau de sécurité d’alimentation que les autres régions.

 

 

 

Le filet consiste en trois liaisons souterraines d’une longueur cumulée de 107 km au total, qui viennent compléter le maillage du réseau de transport d’électricité existant.

Pour la réalisation de cet ouvrage, RTE a déployé des prouesses techniques qui ont permis non seulement de réaliser des économies de 15% sur les travaux de génie civil, un gain de vitesse de pose de 50%, mais aussi de réduire l’impact environnemental du chantier en optimisant déblais, matériaux d’apport et transport. Par exemple, 80 tonnes de C02 ont pu être évitées pendant la durée des travaux grâce à une unité de production mobile pour fabriquer les fourreaux directement sur place et donc éviter des transports en camion.

D’autre part, maillon de l’optimisation des flux d’électricité renouvelable entre le Nord et le Sud, le filet de sécurité contribue à augmenter la part des EnR dans le mix de production. Ainsi, il va permettre d’optimiser l’intégration et la valorisation de la production régionale photovoltaïque (1 013 GWh en 2014) et hydroélectrique (11 062 GWh en 2014), tout autant que l’électricité verte produite ailleurs en France. Il favorise donc la transition de notre système actuel vers un bouquet énergétique émettant peu ou pas de gaz à effet de serre.

Les énergies renouvelables donnent du souffle à la Bretagne

La région Bretagne est fortement importatrice en électricité puisque sa production couvre environ 13% de la consommation électrique régionale en 2014. Par ailleurs, cette production est majoritairement constituée d’énergies renouvelables (EnR) : elles représentaient 88% de la production régionale en 2014.

C’est pour apporter une réponse globale et pérenne aux besoins en électricité du territoire que le Pacte Électrique Breton a été signé en 2010 par l’État, la Région Bretagne, RTE, l’ANAH et l’ADEME. L’un des piliers de ce Pacte est le développement et l’intégration des énergies renouvelables. RTE accompagne le développement de l’éolien terrestre, du photovoltaïque et des autres sources renouvelables par l’élaboration et la mise en œuvre des Schémas Régionaux de Raccordement au Réseau des EnR (S3REnR). Ainsi, en Bretagne, les parcs éolien et photovoltaïque poursuivent leur progression en 2014, respectivement de 5,6% et de 11% par rapport à 2013 (en puissance installée). Pour l’éolien, la Bretagne se place ainsi au 3e rang français.

 

RTE est également chargé de raccorder au réseau, à partir de 2018, le parc éolien en mer qui sera implanté au large des côtes de Saint-Brieuc.

Par ailleurs, RTE poursuit ses investissements en Bretagne pour sécuriser l’alimentation électrique de la région. Ainsi, le projet de création de la liaison souterraine à 225 000 volts entre Lorient et Saint-Brieuc, dont les travaux ont débuté en septembre dernier et dont la mise en service est prévue en novembre 2017, va venir compléter le maillage régional du réseau existant et permettra de sécuriser durablement l’alimentation du centre et du nord de la Bretagne. Cette liaison contribuera également à la transition énergétique, en facilitant l’accueil des énergies renouvelables actuelles et futures (éolien terrestre et off-shore, photovoltaïque…).

 

7Demain, un système électrique européen plus propre, plus sobre et plus intelligent

Demain, un système électrique européen plus propre, plus sobre et plus intelligent

 

Le futur énergétique de la France et de l’Europe passe par l’utilisation grandissante d’énergies renouvelables. Cela induit la mise en place de solutions techniques nouvelles pour les intégrer de manière sûre au Système Électrique.

 

 

 

 

 

 

Dans cette optique, RTE participe et coordonne plusieurs projets de recherche sur les SmartGrids financés pour partie par l’ADEME ou la Commission Européenne.

Préparer les futures autoroutes européennes de l’électricité 

Pour construire une économie décarbonée, l’Europe doit penser ses infrastructures énergétiques à long terme. Dans cette perspective, elle a lancé plusieurs projets de grande envergure. Le projet E-Highway2050, mené de 2012 à 2015, a rassemblé un consortium de 28 partenaires, académiques, consultants, industriels et gestionnaires de réseau de transport d’électricité dont RTE. Pourquoi? Définir les grandes options de développement de réseau entre 2020 et 2050 pour l’Europe, et ce en fonction de différents scénarios: mix énergétiques avec une part plus ou moins forte d’EnR, consommation, critères environnementaux ou ruptures technologiques. Plutôt que d’agréger des visions nationales indépendantes, la méthode repose sur une approche paneuropéenne qui permet de mutualiser la diversité des ressources et leur complémentarité.

 

 

 

Les conclusions du projet font apparaître des solutions communes à tous les scénarios, tels que de grands corridors de circulation de flux électriques entre le nord et le sud.

Lancé en 2014, le projet BestPaths vise quant à lui, à développer les technologies nécessaires au développement du réseau de 2050. Une partie du projet porte ainsi sur les verrous technologiques à lever pour la réalisation de réseaux à courant continu poussée par les enjeux de mise en souterrain ou de réseaux off-shore.

À travers ces projets, le réseau de transport d’électricité apparaît comme une composante essentielle du succès de la transition énergétique européenne.

 

En effet, il permet aux EnR de circuler dans toute l’Europe de la manière la plus fluide possible, quels que soient leurs lieux de production. On estime qu’ils permettent de réaliser une baisse de 200 MT de CO2 émis annuellement. On y voit également l’intérêt de planifier les investissements à l’échelle de l’Europe.

SmartGrids ready!
RTE est également impliqué dans de nombreux projets SmartGrids en France. Les différentes expérimentations menées concernent les mailles régionales comme nationale. Un pilotage accru des lieux de consommations, une insertion plus performante des EnR ou encore une optimisation des modes opératoires de RTE sont au cœur de ces projets.

À Nice, RTE travaille au projet Nice Grid, quartier solaire intelligent. Avec les fournisseurs, les distributeurs, les industriels et les consommateurs, RTE contribue à l’émergence des SmartGrids urbains de demain. Ce projet, piloté par ERDF et soutenu par l’ADEME et le CGI, implique des consommateurs, particuliers et petites entreprises, en les dotant de compteurs intelligents, de panneaux photovoltaïques ou de capacités de stockage.

 

 

Les résultats, à venir en 2016, doivent permettre de quantifier l’intérêt d’optimiser des ressources de production décentralisées et d’évaluer la flexibilité qui peut être amenée au Système Électrique Régional. RTE, dans ce projet de recherche, a d’une part pour mission de définir les différents modes de sollicitation des flexibilités – effacement, stockage ou production – qui seront activées par le dispatching de Marseille, en fonction du contexte électrique. RTE participe également à l’évaluation technico-économique des solutions testées. Un enjeu crucial est en effet de discriminer ce qui peut être déployé dans la France entière, de ce qui doit être abandonné, compte tenu des apports pour la collectivité.

Autre projet, autre lieu. Dans la Somme, premier département français de production d’énergie éolienne, RTE pilote le projet de poste électrique intelligent, poste qui illustre la décentralisation de l’intelligence au service des territoires. Équipé d’une station météo, le poste intelligent et numérique permettra, en particulier, d’ajuster la puissance acceptée par la ligne en fonction des conditions météos.

Grâce à des capteurs placés à des endroits stratégiques, ce poste pourra recevoir, traiter et transmettre automatiquement un ensemble d’informations afin de s’ajuster automatiquement à la situation: offre, demande, variabilité des flux et conditions météo. Capable de dialoguer avec des postes électriques environnants, il sera en mesure d’agir directement et localement, pour optimiser les capacités de transit, un atout de taille pour accueillir les EnR. Sur certains projets et à infrastructure égale, on estime qu’il pourrait permettre d’accueillir jusqu’à 30% en plus d’électricité issue d'EnR . Les échanges d’informations seront assurés par un réseau de communication dédié haut débit et hautement sécurisé. Il est également capable, en cas de défaillance d’un élément, d’en faire l’analyse automatique et, le cas échéant, de se reconfigurer et prendre seul la décision de remise en route. On parle là d’«auto-cicatrisation». Le projet a démarré en 2013 pour une durée de 4 ans.

 

826 milliards de données climatiques pour un pilotage de long terme

26 milliards de données climatiques pour un pilotage de long terme

La météo, une vieille connaissance de RTE!

Par définition, les activités de RTE sont fortement dépendantes des conditions météorologiques. Les infrastructures que nous gérons sont bien sûr les premières concernées (voir l’article de ce dossier: événements climatiques majeurs, RTE est prêt). La météo a aussi une influence directe sur la consommation en électricité: une température qui baisse de 1°C en hiver provoque une hausse de la consommation française pouvant atteindre 2 400 MW. Ce qui change aujourd’hui, c’est que des pointes de consommation surviennent aussi en été, quand les climatiseurs tournent à plein régime.

 

 

 

 

 

Mais, depuis quelques années, la météo a également un impact sur la production électrique. En effet, l’électricité d’origine éolienne ou solaire, en augmentation constante, est par nature tributaire des conditions climatiques.

Les données et prévisions météorologiques constituent donc – plus que jamais – le nerf de la guerre pour RTE: elles sont indispensables pour piloter le réseau et intégrer de plus en plus d’énergies renouvelables.

Court terme et temps réel: des informations de haute précision

Au quotidien, RTE travaille main dans la main avec les équipes de Météo France. Chaque heure, elles nous transmettent les prévisions précises de température et de nébulosité pour les 3 prochains jours. Toutes les 6 heures, elles font la même chose pour les données liées au vent. Et une fois par jour, elles nous communiquent les températures des 13 jours à venir, sous la forme d’une cinquantaine de scénarios.

Ainsi, les experts RTE élaborent des prévisions de consommation d’électricité pour chaque demi-heure de la journée. Ce qui nous permet d’ajuster en permanence la topologie du réseau pour s’adapter aux flux d’électricité.

Autre atout dans la manche de RTE: le logiciel IPES – Insertion de la production éolienne et photovoltaïque dans le système électrique. Ce dispositif lancé en 2010, et dont le modèle de calcul est développé par les équipes de la R&D de RTE, permet de suivre en temps réel la production éolienne et photovoltaïque et même de prévoir la quantité d’électricité d’origine éolienne qui sera injectée sur le réseau.

 

 

 

Davantage de vent pour faire tourner les éoliennes en Picardie? Nous pouvons immédiatement réagir en prévoyant d’acheminer cette production supplémentaire vers une région qui manquerait d’électricité au même moment.

Moyen et long terme: un référentiel climatique enrichi

Au-delà du pilotage du réseau électrique au jour le jour, nous devons aussi le faire évoluer à moyen et long terme, pour qu’il reste performant et adapté aux besoins de demain. Nous avons donc besoin de visibilité sur les conditions climatiques à 10 ans, 20 ans et même au-delà.

 

 

Or, à cet horizon, nous ne pouvons pas nous appuyer sur de véritables prévisions météo, puisque leur portée reste aujourd’hui limitée à quelques jours. En revanche, nous disposons d’un jeu de températures de référence élaboré par Météo France et de données issues des observations passées.

100 scénarios d’anticipation
Pour établir et affiner nos projections, nous avons établi avec les experts de Météo France 100 scénarios, qui représentent 100 années de situations météo européennes simulées heure par heure. Concrètement, plus de 26 milliards de données de température, de vent et de nébulosité ont été combinées. À la clé, des simulations cohérentes et synchrones sur plus de 6 000 points en Europe, avec un maillage de résolution à 50 km.

 

 

Ces travaux nourrissent les réflexions prospectives de RTE pour garantir l’équilibre entre l’offre et la demande d’électricité. Notamment les analyses saisonnières que nous réalisons deux fois par an, ou encore le «bilan prévisionnel» annuel.

Des projections à l’échelle européenne

La dimension européenne de ces nouveaux scénarios est un vrai plus: nous pouvons ainsi évaluer l’impact des aléas climatiques sur le système électrique européen à différentes échéances et en différents endroits. Un exemple: nous sommes désormais capables d’étudier une vague de froid en France en tenant compte des productions éolienne et photovoltaïque en Allemagne au même moment.
Cette démarche a d’ailleurs suscité l’intérêt de plusieurs énergéticiens européens, en particulier pour les prévisions de production d’énergie renouvelable à long terme. Pour aller plus loin, Météo France poursuit aujourd’hui ses travaux, avec un maillage encore plus fin pour couvrir toute l’Europe et des projections qui tiendront compte du réchauffement climatique à l’horizon 2050. À suivre…

 

 

9Évènements climatiques majeurs, RTE est prêt

3 questions à Philippe Ruaux

Évènements climatiques majeurs, RTE est prêt

Devenu réalité, le réchauffement climatique augmente l’occurrence d’événements météorologiques exceptionnels, qui risquent de se multiplier dans les années à venir. Comment RTE se prépare-t-il à de tels phénomènes pour assurer une sécurité d’alimentation maximale. Nous avons posé la question à Philippe Ruaux, Directeur délégué du Centre National d’Expertise Réseaux de RTE.

 

 

 

 

 

En cas d’aléa climatique majeur, quels sont les principaux risques pour le réseau de transport d’électricité?

Ph. Ruaux: Il y en a deux. Premier risque: celui d’un déséquilibre entre production et consommation d’électricité. Par exemple en cas de grand froid persistant, les chauffages tournent à plein régime et la consommation s’accroît de manière forte et prolongée. Les producteurs d’électricité peuvent donc avoir du mal à répondre à cette demande soudaine.

Deuxième risque: celui de voir nos infrastructures durablement endommagées. Prenons l’exemple des puissantes tempêtes de décembre 1999, avec des rafales de vent d’environ 150 km/h. 1 000 pylônes avaient alors été abîmés ou détruits et 8% des lignes étaient indisponibles…

Ces événements météorologiques de grande ampleur – orages violents, tempêtes de neige, canicules, inondations, etc. – peuvent induire l’un de ces risques, voire les deux. Un sacré défi pour un réseau de 105 000 km réparti sur tout le territoire!

Comment protéger les infrastructures des événements climatiques majeurs?

Ph. Ruaux: Nous tirons les leçons du passé! Nous avons engagé dès 2000, au lendemain des tempêtes de 1999, un ambitieux programme de sécurisation mécanique du réseau. Le principe: utiliser tous les moyens possibles pour rendre nos infrastructures plus résistantes en cas d’aléas météorologiques. Cela passe par le renforcement de structures métalliques ou encore l’élargissement des corridors autour des lignes aériennes, pour limiter les risques de chutes d’arbres sur les câbles. Sans oublier l’installation de pylônes «anti-cascade», plus robustes que les pylônes en place.

 

 

RTE a investi 2 400 M € pour mener à bien ce programme, qui s’achèvera en 2017. Avec 3 objectifs: maintenir l’alimentation de la quasi-totalité des postes à la suite d’événements climatiques d’intensité ne dépassant pas celle des tempêtes de 1999; rétablir en 5 jours maximum des services de base à la suite d’événements climatiques importants; et maîtriser le risque de chute sur les personnes et les biens. 48 000 km de lignes et 2900 postes électriques ont ainsi été sécurisés. Avec des effets déjà tangibles: nous avons ainsi constaté une bien meilleure résistance de nos infrastructures lors des tempêtes en avril 2012 et fin 2013 ou à l’occasion des chutes de neige collante en mars 2013.

 

Vous évoquez les tempêtes ou les chutes de neige. Mais qu’en est-il d’autres aléas météorologiques, comme les inondations, les canicules, les séismes, etc.?

Ph. Ruaux: Les inondations affectent généralement peu les lignes électriques, qu’elles soient aériennes ou souterraines. Quant à nos postes électriques, nous veillons à les construire dans des zones non inondables. Quand un risque est néanmoins détecté sur un poste, nous pouvons le surélever ou modifier et améliorer l’exposition de ses composants structurels au risque inondation. C’est ce qui s’est produit il y a une dizaine d’années, suite à des orages très violents dans le sud-est. Nous prévoyons aussi parfois des dispositifs spécifiques, comme des barrières étanches ou des pompes anti-crue: c’est le cas dans 6 postes électriques d’Île-de-France, qui pourraient être exposés en cas de crue majeure de la Seine.

 

 

 

 

Sur les autres types de risques, nous réalisons en permanence des études et des retours d’expérience que nous intégrons directement dans la conception de nos ouvrages. Même les sujets qui ne nous concernent pas directement aujourd’hui font l’objet d’une veille.

Par exemple, connaissez-vous les orages solaires? Liés aux variations de l’activité solaire, ils provoquent des fluctuations brusques et intenses du champ magnétique terrestre. Avec à la clé, des impacts qui peuvent être très importants sur les réseaux de transport d’électricité, comme ce fut le cas au Canada. À nous d’étudier de tels phénomènes en amont, pour trouver des parades.

Concrètement, comment êtes-vous organisés au sein de RTE pour pouvoir réagir au plus vite face à ces aléas climatiques?

Ph. Ruaux: Nous nous appuyons tout d’abord, en préventif, sur la procédure du MIN (Message d’Importance Nationale), qui permet de mobiliser très rapidement les équipes de permanence ou d’astreinte des centres régionaux ou des 30 Groupes de Maintenance Réseau (GMR). Nous avons aussi le plan ORTEC (Organisation de RTE en cas de Crise). Il est activé dès que l’organisation classique n’est plus suffisante pour rétablir le fonctionnement du réseau électrique ou assurer des échanges d’information entre les différentes entités de RTE.

Face aux avaries graves sur le réseau, ces dispositifs s’appuient sur les 34 «équipes lignes» réparties sur tout le territoire national: toutes peuvent s’organiser en GIP (Groupe d’Intervention Prioritaire), capable de sécuriser une ligne en cas d’avarie grave. Nous disposons aussi de GIP «lourds» et de «GIP sections fortes» pour les interventions qui nécessitent des moyens plus importants.

 

Un exemple concret? En septembre dernier, une tornade localisée a détruit des supports sur une ligne à 400 kV dans l’Aube. Nos équipes ont alors mis en place des mâts et une liaison provisoires pour remettre en service la liaison au plus vite. Pour entretenir nos compétences, nos équipes effectuent très régulièrement des exercices d’entraînement, pour pouvoir agir efficacement «à chaud».

Enfin, n’oublions pas notre réserve nationale, qui est un peu le Fort Knox de RTE! Elle est en fait constituée de 12 magasins spécialisés, dans lesquels nous stockons du matériel de valeur et dont les délais de fabrication seraient longs. Quand un aléa climatique endommage un transformateur de puissance, il nous suffit de puiser dans notre réserve pour le remplacer dans les meilleurs délais.

 

10Diminuer les émissions de gaz à effet de serre liées à notre activité

Diminuer les émissions de gaz à effet de serre liées à notre activité

Dès 2008, RTE a engagé une politique volontariste pour réduire les émissions de SF6, un gaz à fort pouvoir d’effet de serre, mais indispensable à l’isolation électrique des équipements.

Nous participons au développement d’équipements alternatifs utilisant des gaz moins impactant pour l’environnement, comme l’expérimentation du Green Gas for Grid dans le cadre d’un protocole avec Alstom (le G3 a un pouvoir de réchauffement climatique réduit de 98% par rapport au SF6).

 

 

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