Dossier
février 2019
Une chance nouvelle pour le système électrique et la collectivité. Le véhicule électrique
Idées reçues ou extravagantes, le véhicule électrique séduit les consommateurs autant qu’il questionne. A l’heure de la transition énergétique, le véhicule électrique peut être une vraie chance pour le système électrique dans sa globalité, mais aussi un vrai bénéfice pour chacun, automobiliste ou consommateur. Le monde va changer, la mobilité des européens aussi.

1Les Européens sont-ils prêts à passer à l’électrique ?

Selon l’enquête Odoxa réalisée pour le compte de RTE, la voiture électrique est clairement perçue comme l’avenir de la mobilité en Europe. A condition de lever les freins à son développement, en particulier en France.

 

1. La voiture électrique, le futur de la mobilité

Pour l’immense majorité des Français (85 %), l’affaire ne fait pas de doute. Il y aura un jour davantage de voitures électriques roulant dans l’Hexagone que de véhicules à moteurs thermiques. Et ce futur n’est pas si lointain. Plus de la moitié d’entre eux (56 %) estiment que cette bascule se produira dans les 20 ans à venir – et même d’ici 10 ans pour 15 % des personnes interrogées. Ces considérations optimistes sont sans doute la conséquence de l’image positive du véhicule électrique auprès de six Français sur dix. Une adhésion qui tourne au plébiscite auprès des urbains et des jeunes (80 %).

2. Les Français, moins convaincus que leurs voisins

Bizarrement, la France est cependant à la traîne par rapport à ses voisins en Europe. Côté capital sympathie, 70 % des Européens ont une bonne image du véhicule électrique, soit 10 points de plus que les Français. Un écart encore plus marqué si l’on regarde vers l’Italie ou l’Espagne (85 %). Ces différences se retrouvent dans les pronostics quant à l’avenir de l’électromobilité. Au Royaume-Uni, en Italie ou en Espagne, par exemple, on croit davantage à la voiture électrique, puisque sept citoyens sur dix estiment qu’elle supplantera les véhicules à moteur thermique dans les 20 ans à venir (moyenne européenne : 62 %, France : 56 %).

3. Des perspectives de développement disparates

Ces écarts ne se retrouvent pas dans le taux d’équipement, peu ou prou au même niveau dans tous les pays de l’Union (faible, de l’ordre de 2 %). En revanche, dès qu’on parle d’acquérir un véhicule électrique, les différences se creusent. Alors que plus de la moitié des citoyens européens (51 %) envisageraient de passer à l’électrique s’ils devaient changer de voiture, moins de 30 % des Français sont prêts à sauter le pas. Quant à ceux qui se disent « certains » de leur choix, on n’en recense plus que… 4 % en France. Deux fois moins qu’en Allemagne, trois fois moins qu’au Royaume-Uni et cinq à six fois moins qu’en Espagne ou en Italie ! Cause ou conséquence de cet attentisme : 79 % des Français sont convaincus que leur pays est en retard dans le développement de l’électromobilité…

4. Des freins à l’acquisition à lever

Pour mieux comprendre ces réticences, il faut s’intéresser aux freins au développement du véhicule électrique. Huit Français sur dix partagent l’idée que « la voiture électrique ne serait pas vraiment écologique », et une bonne moitié que rouler électrique ne protègerait en rien l’environnement. Deuxième écueil, le coût. En additionnant prix d’achat, entretien et recharges, 73  % des sondés sont persuadés que la voiture électrique est plus onéreuse qu’un véhicule thermique. Enfin, troisième écueil, la praticité : une part non-négligeable des Français (26 %) estime que l’autonomie des véhicules électriques reste insuffisante, pointent l’absence de recharges chez eux ou sur leur lieu de travail (12%), ou le manque d’infrastructures pour effectuer ces rechargements (6 %).

 

2« Faire travailler ensemble le secteur mobilité et le secteur énergie dans une idée de double bénéfice »

Pour encourager le déploiement du véhicule électrique, le gouvernement s’est engagé d’ici 2022 à mettre en place 100.000 bornes de recharge accessibles au public en France soit une borne pour dix voitures. La France est-elle prête ? Qui sont les acteurs qui vont faire émerger cette filière ? Aujourd’hui on ne parle plus de transport mais de mobilité. Rencontre avec Anne-Marie Idrac, Haute représentante pour le développement des véhicules autonomes en France.

3L’électromobilité, un accélérateur de la transition énergétique

Si le développement de l’électromobilité constitue un enjeu important pour la gestion du système électrique, il est aussi une opportunité pour en améliorer l’efficacité, tout en favorisant la transition énergétique. Les explications de Maïté Jaureguy-Naudin, en charge de la feuille de route « mobilité électrique » à RTE.

Comment analysez-vous les résultats de l’enquête Odoxa sur l’avenir de l’électromobilité en France et en Europe ?

Parmi les scénarios étudiés dans notre Bilan prévisionnel 2017, l’un d’eux projetait un parc de véhicules électriques de l’ordre de 16 millions d’unités en France en 2035. Cette vision, qualifiée d’ambitieuse à l’époque, n’est peut-être pas si éloignée de la réalité à la lecture des résultats de cette enquête. On voit en tout cas que le capital sympathie du véhicule électrique parmi la population française est élevé pour le futur. Et que ses perspectives de développement, au vu des objectifs affichés par les pouvoirs publics ou les acteurs de la filière, sont importantes. La Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) qui vient d’être présentée anticipe ainsi un parc de 4,8 millions de véhicules électriques à l’horizon 2028.

Le système électrique français est-il suffisamment robuste pour absorber cette révolution ?

Dans un contexte général baissier de la consommation d’électricité, un développement d’une telle ampleur ne pose pas de problèmes en termes de volume d’énergie. Il faudra cependant mettre en place les outils de pilotage nécessaires pour pouvoir gérer les appels de puissance lors de la recharge des véhicules. Le véhicule électrique pourrait même devenir un levier de flexibilité précieux pour lisser les courbes de consommation et réduire le coût global du système électrique. On estime qu’en optimisant le pilotage de la recharge, le gain pour la collectivité pourrait atteindre entre 1 et 1,5 milliard d’euros !

L’étude Odoxa fait apparaître un relatif pessimisme des Français en la matière. Ils sont moins d’un quart à envisager la possibilité de recharger leur voiture chez eux à moindre coût durant les heures creuses, ou de revendre l’électricité stockée dans leur batterie lorsqu’ils ne se servent pas de leur véhicule…

C’est un futur proche qu’il est encore difficile d’appréhender, et pour lequel l’ensemble des acteurs doit faire des efforts de pédagogie. Le travail que RTE pilote avec l’Avere au sein d’un groupe de travail très large vise justement à évaluer les gisements de valeurs pour la collectivité, le système électrique et les utilisateurs. Si l’on atteint 16 millions de véhicules électriques en 2035 – soit une consommation annuelle de l’ordre de 30 à 35 TWh, pratiquement autant que la région Nouvelle Aquitaine – nous disposerons d’une grande souplesse pour moduler la courbe de charge sur des périodes allant de quelques heures à plusieurs jours. Surtout, si l’on développe le vehicle-to-grid, c’est-à-dire la possibilité de réinjecter sur le réseau l’énergie des batteries, la capacité de stockage à un instant donné serait dix fois supérieure à celle de notre plus grand réservoir de flexibilité actuel, les stations de pompage (STEP). C’est comme si on pouvait stocker l’équivalent de neuf jours de production photovoltaïque !

Il existe encore de nombreux freins à l’acquisition d’un véhicule électrique. Comment l’expliquer – et les lever ?

Notre rôle n’est pas de promouvoir l’électromobilité, mais bien d’accompagner son développement. Pour autant, on peut souligner que le mix énergétique français, peu émetteur de CO2, conforte le caractère écologique du véhicule électrique. Des questions demeurent néanmoins quant à la production et au recyclage des batteries. Reste que sur l’ensemble de son cycle de vie, un véhicule électrique émet moins d’émissions de gaz à effet de serre qu’un véhicule thermique, à condition de beaucoup rouler. Par ailleurs, le pilotage permettrait de placer la recharge des véhicules électriques en face de productions EnR intermittentes, et donc d’augmenter leur pénétration dans le mix électrique. Le recours au vehicule-to-grid pourrait aussi contribuer à limiter les pics de consommation – et donc l’utilisation de moyens de production à la pointe, qui sont pour l’essentiel des centrales thermiques. Une meilleure qualité de l’air, moins de moyens thermiques et plus d’EnR, on voit quand même que la voiture électrique a quelques atouts à faire valoir en matière de protection de l’environnement.

Sauf que l’un des principaux écueils au développement de l’électromobilité semble être le coût du véhicule électrique par rapport aux voitures à moteurs thermiques…

Si l’on prend en compte tous les paramètres (prix d’achat, entretien, carburant, bonus…) et qu’on s’intéresse au coût total sur la durée de possession d’un véhicule, on constate que la voiture électrique concurrence sa consœur à moteur thermique. Un Français moyen roulant au diesel va ainsi dépenser 1 100 euros en moyenne par an en carburant. Ce sera trois fois moins s’il roule à l’électrique. Et cela sans compter la valorisation économique éventuelle de l’utilisation de sa batterie par le système électrique, où l’on peut espérer diviser entre quatre et sept fois le coût du carburant.

Les chiffres à retenir :

 

 

 

4Vers une plus forte synergie entre installations électriques et développement des véhicules électriques : la conférence de Paris

Mardi 29 janvier, RTE a rassemblé près de 200 acteurs européens pour une conférence sur la mobilité électrique. Faire rencontrer des mondes qui ne se connaissent pas encore, partager les problématiques de chacun, nous avons tous à gagner à créer plus de synergies pour créer de la valeur pour tous. Constructeurs, associations, industriels, GRT, ils étaient présents. On vous raconte une journée en 3 minutes. Rétrospective des temps fort de l’évènement.

5A retenir en moins de 3’minutes !

« L'enjeu est de taille : la gestion intelligente de la charge des véhicules électriques peut bien sûr contribuer à l'équilibre de la production et de la consommation. Mais elle peut surtout faciliter la transition énergétique de la France. »

 

1 Commentaires

Ce dossier vient un peu en retard, la mutation vers un système de mobilité- thermique vers -électrique- est politiquement engagée sans informations, aux citoyens, des valeurs et déconséquences sur la production et de la répartition des moyens à mettre en oeuvres pour cette transition. Il y a plus de deux ans j'avais posé, à RTE, la question des conséquences et solutions posibles de cette transition sans doute venait-elle trop tôt. Le débat des responsabilités : Politique - Technique n'était pas mûr. ? Je n'ai pas remarqué , peut-être ne l'ai pas encore suffisament approfondi , que les chiffres prévitionnels annuels de transfert soient publiés dans le dossier :Le véhicule électrique une chance pour le système électrique . fL dit électron libre .
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